Nicolas Kuligowski

Je suis né en 1967, fils d’Eddie Kuligowski, photographe. J’ai grandi entouré de livres, de magazines et de journaux où se mêlaient photographie de reportage, de guerre et de mode, souvent en noir et blanc. Ces images composaient un monde à la fois séduisant et terrifiant. Je les regardais beaucoup mais je n’ai jamais véritablement désiré devenir photographe. Elles me paraissaient inégalables. Très jeune, c’est vers la peinture que je me suis tourné.
Après les Beaux-Arts de Paris, j’ai commencé par de grands formats colorés et gestuels. La peinture était alors le lieu d’une expérience physique et immédiate. Peu à peu, les effets de l’expression et du geste m’ont fatigué. La photographie, qui avait toujours été présente, est revenue autrement.
Peindre d’après une photographie ne m’intéresse pas. Pourquoi demander à la peinture de refaire une image qui existe déjà ? J’ai progressivement compris que je pouvais travailler avec des photographies plutôt que d’après elles.
Depuis, mon travail se construit dans cette rencontre. Selon les périodes, les photographies ont été agrandies, découpées, superposées, dégradées ou fragmentées. Le grain, les pixels, les noirs et les blancs ont pu devenir directement matière à peindre. Mais les méthodes changent. Ce qui demeure est moins une technique qu’une manière de mettre en présence des éléments qui n’obéissent pas aux mêmes règles.
La peinture, le dessin et la photographie ne sont pas là pour se compléter ni pour produire une image homogène. Chacun arrive avec sa logique, ses résistances, ses accidents. Une photographie peut obliger un dessin à se comporter autrement ; un dessin peut rendre difficile l’arrivée d’une photographie ; la peinture répond à ce qui s’est produit. Le tableau avance ainsi par rencontres et conséquences plutôt que vers une composition préalablement imaginée.
Je cherche moins à maîtriser ces relations qu’à construire les conditions dans lesquelles elles peuvent avoir lieu. Le processus doit pouvoir produire quelque chose que je n’avais pas prévu. Dans le tableau achevé, les différences entre photographie, dessin et peinture restent visibles, tandis que leur chronologie devient incertaine. On ne sait plus très bien ce qui est arrivé en premier, ce qui a provoqué quoi, ni lequel des éléments a dû céder devant l’autre.
Je ne sais pas toujours ce qui s’est passé. C’est généralement bon signe.